De l’importance d’un chez soi

table basse jarre

J’ai toujours admiré les gens qui avaient la capacité de vivre avec le vent, sans attache, faisant immédiatement de l’endroit où ils se trouvent leur maison. Ceux qui peuvent poser un matelas dans le coffre d’une voiture ou dans le salon d’un ami, et s’y sentir chez eux. Car j’en serais bien incapable.

Aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours eu besoin d’un cocon, un refuge, un endroit qui n’appartient qu’à moi et que je suis sûr de pouvoir retrouver. Je pense que cela vient de mon histoire, de l’insécurité liée à une crainte permanente de l’abandon, et le besoin de me rattacher à un endroit plutôt qu’à des personnes.

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J’ai grandi dans une maison qui a été marquée par une tragédie. Pour autant, ma mère a toujours tout fait pour que ce lieu soit rempli de bons souvenirs, de moments chaleureux, et que nous y trouvions toujours refuge.

J’y ai vécu les 22 premières années de ma vie. Adolescent, j’étais plutôt quelqu’un de sombre, solitaire et sans aucune confiance en moi. Ma chambre était mon antre, le seul endroit où je pouvais être moi-même. S’y mélangeaient des peluches avec lesquelles je dormais et des posters de groupes de black métal. Personne ne m’y jugeait, j’y étais protégé. Plus tard, lorsque je passais mes nuits dehors, la seule chose qui me faisait rentrer était l’idée de retrouver mon lit, mon cocon. A cette époque, il m’était impossible de dormir ailleurs que dans ma chambre. L’idée même de ne pas pouvoir rentrer m’angoissait à un tel point que j’ai parfois conduit des distances improbables, au petit matin le cerveau à moitié éteint, juste pour ne pas dormir ailleurs.

Une fois parti vivre ma propre vie, j’ai eu partout du mal à me sentir chez moi. J’ai vécu plusieurs appartements qui n’étaient que des lieux où je dormais. Je n’y accordais aucun soin particulier. Avec le recul je crois que je n’avais tout simplement pas identifié ce besoin d’avoir un refuge.

Ce n’est que lorsque j’ai passé une année en Nouvelle-Zélande que je l’ai compris. J’avais tout quitté, démissionné de mon boulot que j’occupais depuis 6 ans, et rendu mon appartement. Là-bas, je vivais chez les gens pour qui je travaillais, jamais plus de deux semaines au même endroit. Je n’avais plus de maison, plus de chez moi, et cela générait en moi le sentiment d’insécurité le plus ingérable que je n’avais jamais ressenti.

Depuis, je sais que j’aurai toujours besoin d’avoir un refuge, un endroit chaleureux où je me sens en sécurité. Petit à petit, au fil des lieux où j’ai vécu, j’ai appris à cerner ce qui me permettais de me sentir bien chez moi, d’avoir cet effet cocon. J’en ai déduit 5 règles que j’essaye de suivre au mieux.

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Écouter son ressenti

Lorsque l’on visite un appartement ou une maison, que ce soit pour louer ou acheter, on ressent toujours quelque chose. Certains disent qu’en visitant leur maison ils ont eu l’impression d’y avoir toujours vécu. Au contraire, on peut ressentir une sensation d’oppression, un malaise, rien qu’en franchissant le pas de la porte. C’est le premier critère à prendre en compte. Un lieu où l’on décide de vivre doit nous parler, on doit s’y sentir bien dès la première minute, même s’il est vide, que la déco est laide, ou que tout y est à refaire.

Parfois ce n’est pas possible, car on n’a pas toujours le choix du lieu où l’on va vivre et on est déjà bien contents de trouver un toit. Si ce n’est pas le coup de foudre, il faut alors le façonner le plus possible à son image. Intégrer des éléments qui nous rappellent des bons moments : quelques souvenirs, le plaid dans lequel on aime s’enrouler les soirées d’hiver, par exemple.

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Une fois installé, il faut essayer d’organiser l’endroit afin de s’y sentir le plus à l’aise possible. Je ne pense pas qu’il y ait de règle absolue, mais qu’il faut simplement s’écouter et écouter le lieu dans lequel on vit. On a tous fait le test de déplacer tous les meubles d’une pièce car l’arrangement ne nous plaisait pas, ou simplement « pour changer ». Il n’y a souvent au final qu’une seule disposition qui nous semble harmonieuse, on le ressent instantanément. Il faut suivre ce ressenti.

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Aménager différents espaces

Quand on vit en ville, on doit se contenter de peu de place. C’est particulièrement vrai à Paris, où en arrivant il y a 5 ans nous avons eu la chance de trouver un deux pièces certes, mais de 24 m2. Dans les petits appartements, on a tendance à se limiter au minimum : un espace de vie et un espace nuit.

Pourtant il est important de multiplier les endroits où l’on peut passer du temps. Un coin bureau ou un mini salon dans la chambre permettent de multiplier les espace et de donner du choix. Quand on vit à deux dans un petit appartement c’est aussi très utile pour éviter de se marcher dessus.

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Ne pas entasser, posséder le strict nécessaire

L’un des avantages à vivre dans des petits espaces, c’est que l’on apprend à se contenter de peu. Au départ, c’est un peu frustrant. On regrette tous ces gadgets électroménagers qui semblaient tant nous simplifier notre vie d’avant. On voudrait pouvoir stocker plus de vêtements, acheter ce grand canapé qui ne rentrerait même pas à moitié dans le salon, avoir plus de déco, de meubles, de vaisselle, etc etc. Mais on ne peut pas.

Alors petit à petit on se rend compte que tout cela ne nous serait d’aucune utilité, que l’on s’en sort très bien sans. Au contraire, l’idée de posséder plus devient angoissante. Imaginer tous ces placards et meubles remplis de choses inutiles est finalement assez oppressant.

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Libérer de la place chez soi c’est aussi en libérer dans son esprit. On ne s’en rend pas compte mais toutes ces choses que l’on possède remplissent des petites cases de notre cerveau. Et quand des milliers de cases sont remplies, elles ne peuvent plus être utilisées pour autre chose.

Au fur et à mesure des déménagements, nous avons fait du tri avec une règle simple : si ça n’a pas servi depuis 1 an, alors c’est inutile. Par contre l’idée n’est pas de jeter. Nous avons revendu (c’est fou tout ce que l’on peut revendre), donné à des associations, recyclé. Utiliser cette règle permet de se libérer petit à petit de beaucoup d’attachement matériel qui empêche d’avancer au quotidien.

Désormais, nous vivons à deux dans un deux pièces de 42 m2. Et honnêtement je ne pense pas que l’on ait besoin de plus d’espace. Voici tout ce que l’on possède :

  • nos affaires de voyage, papiers, de quoi faire un lit pour les amis, mon matériel photo, produits ménagers, le tout dans un placard mural loin de la vue au fond du couloir,
  • salon : canapé, fauteuil, tapis, table basse, meuble TV, et quelques éléments de déco,
  • cuisine : une étagère à épices, riz et graines en tous genre, des couverts pour 4 personnes, ustensiles de cuisine (sans aucun doublon), un mini-four (surtout pas de micro-onde), une bouilloire et un blender,
  • pour la salle de bain le nécessaire d’Emilie tient dans deux trousses de toilettes, et le mien dans une,
  • dans la chambre un petit dressing fait maison pour Emilie, trois cubes style Ikea pour mes vêtements, un matelas, un petit meuble 4 cubes pour ranger quelques babioles et beaucoup de livres, un petit fauteuil, ma basse, un panier pour nos affaires de sport, le tout agrémenté de plantes et d’un peu de déco.

Avec tout ça on ne manque de rien et on aimerait encore diminuer.

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Créer un ensemble harmonieux

Personnellement, je ne me suis jamais senti à l’aise dans les lieux où il ne règne pas un certain ordre, une cohérence. Pour l’endroit où je vis c’est encore plus vrai. Je trouve que pour la paix des yeux et la paix des nerfs, il n’y a rien de pire que de changer d’ambiance, de style, de couleur, à chaque fois que l’on change de pièce. De même, des affaires qui traînent (ou des jouets si on a des enfants) sont autant de source d’agacement inutile.

Pour que sa maison soit harmonieuse, la première chose à faire est de réfléchir au style que l’on aime et que l’on veut lui donner. Faire au gré de ses envies du moment est le meilleur moyen pour tout faire partir dans tous les sens. Il faut choisir un style, une couleur dominante, et s’y tenir. Personnellement impossible de choisir autre chose que du blanc. Il apporte immédiatement de la lumière, de l’harmonie et une sensation d’espace. Ensuite on pourra y ajouter deux ou trois couleurs, mais pas plus. Ne pas oublier d’apporter de la texture pour donner du relief et une identité à l’ensemble. J’aime mélanger des couleurs pales et lisses avec des matériaux bruts comme le bois, le jonc de mer ou l’osier.

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Y apporter de la vie

Un bon moyen d’y apporter de la vie, et assez simple pour peu qu’on y accorde le temps nécessaire, est d’y intégrer du vivant. Les plantes sont pour moi un élément indispensable au bien-être. Leurs couleurs, le soin qu’on leur apporte, leur évolution sont autant d’éléments qui apportent de la vie. Je trouve qu’elles sont d’autant plus importantes dans une chambre. Me réveiller au milieu des plantes m’apaise immédiatement, et comble (un peu) le manque de nature de cette vie citadine. D’ailleurs, contrairement aux idées reçues ce n’est ni dangereux, ni même mauvais pour la santé, bien au contraire ! A ce sujet, je vous conseille de lire cet article.

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Un autre moyen très important pour y apporter de la vie, c’est d’y vivre. Cela peut paraître idiot mais on l’oublie souvent, la maison n’est pas seulement le lieu où l’on mange et l’on dort, elle doit aussi être un lieu de vie. Je regrette d’ailleurs de l’avoir oublié à une certaine époque. En particulier dans mon tout premier appartement, à Grenoble. J’ai oublié d’y vivre, mais subit le temps qui passait en attendant je ne sais quoi. J’y ai passé 2 ans et pourtant je n’y ai pas vraiment de souvenirs, à part lorsque j’ai rencontré Emilie et qu’elle est venue y passer ses week-ends.

Désormais j’essaye au maximum de passer des moments de bonheur chez moi. Cuisiner le dimanche après-midi, jouer de la musique assis au soleil dans la chambre, ou piquer des fous-rires avec Emilie sont autant de souvenirs qui resteront avec moi le restant de mes jours.

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Voilà…

Ce sont toutes ces choses qui me font aimer l’endroit où je vis. Je sais que même si je passe la plus pourrie des journées pourries, je vais retrouver mon refuge, mon cocon où je me sens bien, moi-même et protégé.

 

 

 

 

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